Comment fonctionne le système financier

Dans le monde moderne, l’ensemble des transactions de ressources mondiales sont réalisées grâce à l’argent. Mais vous êtes-vous déjà demandé d’où venait l’argent ?

Dans la vie, il y a deux grands mystères : l’amour et l’argent. Qu’est-ce que l’amour ? La question a été explorée à fond. Dans les romans, les chansons, les films, à la télévision. Mais pas la question : qu’est-ce que l’argent ? La théorie de l’argent n’a jamais inspiré de films à grands succès et cela n’a rien d’étonnant. Rien d’étonnant non plus qu’elle ne soit jamais mentionnée dans nos écoles.

D’où vient l’argent ?

La question évoque généralement l’image de la planche à fabrication des billets ou des pièces. En effet, on croit souvent que c’est le gouvernement qui crée l’argent. C’est vrai, mais seulement en partie. Ces symboles, en papier ou en métal que nous appelons l’argent sont en fait fabriqués par une agence fédérale : la monnaie. Mais la plus grosse quantité d’argent en circulation n’est pas fabriquée par la monnaie. Tous les jours, des montants colossaux d’argent sont créés par des entreprises privées : par les banques. On croit souvent que les banques prêtent l’argent que les déposants leur ont confié. Mais pas du tout, En fait les banques crée l’argent qu’elles prêtent, pas à partir de leurs bénéfices ni à partir de l’argent déposé, mais directement à partir des promesses de remboursement faites par les emprunteurs. La signature d’un emprunteur l’engage à payer le montant de son emprunt plus des intérêts. Sinon il perd la maison, la voiture ou tout autre bien qu’il a acheté. C’est une très lourde obligation pour l’emprunteur.

En contrepartie, que fait la banque ?

Elle crée le prêt par un tour de passe-passe et elle l’inscrit au compte de l’emprunteur.

Cela vous semble un peu exagéré ? Impossible direz-vous ? Voyons un peu comment ce miracle bancaire se produit...

Les Origines

L’histoire de la monnaie s’étale sur des milliers d’années. La plupart des gens pensent que la monnaie remplace le troc. Le troc est le fait d’échanger un bien contre un autre.

Contrairement à ce que cette histoire pourrait laisser croire, on pense que c’est la monnaie, même dans sa forme la plus simple, qui est apparue en premier. En réalité, c’est le crédit quoi est apparu en premier, c’est-à-dire la comptabilité des dettes. Bien avant l’apparition de la monnaie. Le troc n’a pour ainsi dire pratiquement jamais existé sur le simple principe que les récoltes sont saisonnières et que  chaque type de fruit ou légume a un cycle qui lui est propre.

Imaginons des paysans de l’antiquité, l’un d’entre-deux produit des salades qu’il récolte au printemps et un autre produit des pommes de terre qu’il produit à l’automne. Le producteur de pomme de terre va donc emprunter des salades au printemps au producteur de salade et lui en devra l’équivalent. Ce n’est qu’à l’automne, six mois plus tard,  qu’il pourra rembourser le producteur de salade avec l’équivalent en pommes de terre. C’est la confiance qui permet ces échanges différés, selon le principe moral qu’une dette doit être honorée.

Les hommes pouvaient se prêter des outils, des animaux, s’échanger des biens mais aussi des services. Au-delà d’un certain volume d’échange, la parole ne suffit plus à garantir la confiance, il fait consigner par écrit. On invente donc l’écriture. Alors il faut apprendre à lire, écrire et compter. On invente l’école. Il faut aussi avoir confiance dans la quantité, mesurer ce que l’on échange, on invente les étalons et la métrologie. Enfin, il faut aussi avoir un arbitre en cas de litiges, on invente les tribunaux. Les communautés prenaient une unité de compte virtuelle, ou un étalon pour donner un prix aux bien et aux services qu’ils s’échangeaient.

Pendant plusieurs milliers d’années, il n’y avait pas de monnaie, juste la comptabilité des dettes des uns et des autres, et des communautés entre elles. Ce n’est que beaucoup plus tard, environ 700 ans avant J.C que des souverains ou des castes dirigeantes ont imposé leur monnaie sous forme de d’un objet dont ils s’attribuaient l’exclusivité de la production. Ils émettaient la monnaie, généralement des pièces d’or d’argent ou de cuivre, payaient leurs soldats avec, et menaient des guerres afin de conquérir de nouveaux territoires. Pour se procurer nourriture et équipement, les soldats imposaient par la force aux paysans et aux marchands cette monnaie comme paiement. Le pouvoir récupérait en partie cette monnaie aux travers de la perception des impôts. Comme tout le monde devait disposer de monnaie pour payer ses impôts, elle devenait rapidement la monnaie officielle. Elle était acceptée comme paiement et elle se diffusait dans la communauté. Le pouvoir pouvait donc acheter nourriture, marchandises et richesses grâce à la monnaie qu’il produisait lui-même. Tant que l’on avait une dette, on n’était pas libre, on devenait donc l’esclave de son créancier ou d’être emprisonné si l’on ne s’acquittait pas de l’impôt. C’est la servitude pour dette. Et c’est pour ça qu’une monnaie employable pour payer une dette ou un impôt à un pouvoir libératoire. La monnaie a donc été créée par des castes régnantes, des souverains, pour extorquer une partie des richesses de la population. Vivre et s’enrichir sans travailler.  C’est par ce principe que des empires se sont battis.

Historiquement, le troc n’était pratiqué que durant les périodes de chaos et de conflits, quand la monnaie venait à manquer. Au moyen-âge, avec le développement du commerce, les métaux précieux comme l’or et l’argent étaient devenus une monnaie internationale. Il était risqué de posséder et de transporter des métaux précieux, on risquait de se les faire dérober. A partir du 17ème siècle, les marchands de Londres et de Stockholm commencèrent à faire garder leurs métaux précieux aux orfèvres, les négociants en métaux précieux.

(source:Gabriel Rabhi)

Une petite allégorie

Livre

Il était une fois, l’argent.

 

Aux origines, l’or et l’argent étaient des métaux attrayants, facile à travailler. Des artisans étaient devenus experts dans ce travail. En frappant des pièces de monnaie, unité standard, dont le poids et la pureté étaient certifiés, les orfèvres ont facilité le commerce.

Notre histoire se déroule dans une petite ville de l’époque, avec ses habitants, ses rues, ses maisons, son marché… Bien vite, pour protéger tout son or, un orfèvre dont nous narrons l’histoire ici, a eu besoin d’une chambre forte. Un jour, les villageois sont venus toquer à sa porte : ils voulaient louer un peu de place dans sa chambre forte afin d’y stocker leur or et leurs objets de valeur bien en sécurité. L’orfèvre a fini par louer tout son espace dans la chambre forte. La location de cet espace lui a rapporté un petit bénéfice.

Les années ont passé et notre orfèvre a constaté une chose fort importante : les déposants venaient rarement chercher leurs pièces d’or et surtout ils ne venaient jamais tous en même temps. Il faut dire que les reçus émis par l’orfèvre étaient utilisé sur le marché comme s’ils étaient véritablement l’or qu’il représentait. Cet argent papier était plus pratique que les lourdes pièces et les montants pouvaient tout simplement être écris au lieu d’être comptés laborieusement.

Entre temps, l’orfèvre a commencé une autre affaire : il s’est mis à prêter son or en demandant des intérêts. Comme les reçus devenaient de plus en plus acceptés en tant que titre de paiement, les emprunteurs ont demandé leur emprunt sous cette forme. Et comme l’industrie était en pleine expansion,  de plus en plus de gens ont demandé des prêts à l’orfèvre. Alors l’orfèvre a eu une idée encore plus géniale encore : il savait que ses déposants venaient rarement chercher leur pièce d’or, il a donc pensé qu’il pouvait faire des prêts couverts par l’or de ses déposants. Aussi longtemps que les emprunts seraient remboursés, les déposants n’en sauraient rien. Et l’orfèvre maintenant plus banquier qu’artisan, ferait de gros bénéfices.

Pendant des années, en secret, l’orfèvre a retiré de gros revenus des intérêts sur les dépôts de ses clients. Maintenant gros prêteur, il devenait sans cesse plus riche et il commençait à étaler ses richesses. Les gens l’ont alors soupçonné de dépenser l’argent de ses déposants. Ensemble, ils l’ont menacé de retirer tout leur or si l’orfèvre ne s’expliquait pas sur sa richesse si soudaine. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la situation n’a pas tourné au désastre pour l’orfèvre : malgré sa duplicité, il a pu montrer que ses déposants n’avaient rien perdu, l’or était toujours en sécurité dans la chambre forte. Au lieu de reprendre leur or, les déposants ont demandé à l’orfèvre, devenu leur banquier, de leur verser une partie des intérêts.

C’est ainsi que les banques sont nées :

Le banquier payait un taux d’intérêt bas sur les dépôts, et il faisait payer un taux d’intérêt plus élevé sur les prêts. La différence couvrait les frais de fonctionnement et ses bénéfices. La  logique du système était simple comme bonjour et semblait être un système raisonnable pour satisfaire la demande de crédit.

Mais les banques ne fonctionnent plus du tout comme ça :

Notre orfèvre devenu banquier n’était pas du tout satisfait du revenu qu’il restait après le partage des bénéfices avec ses déposants. La demande de crédit augmentait rapidement mais ses prêts restaient limités par le montant d’or dans la chambre forte. Alors une idée encore plus géniale encore lui vint à l’esprit : puisqu’il était le seul à savoir combien d’or contenait la chambre forte, il pourrait prêter des chèques garantis par de l’or qui n’existait même pas. Aussi longtemps que les déposants ne viendraient pas tous en même temps réclamer leur or, personne ne le saurait.

Ce nouvel arrangement fonctionnait à merveille, et le banquier est devenu immensément riche, avec des intérêts payés sur de l’or inexistant. L’idée que le banquier puisse créer de l’argent à partir de rien était trop outrageuse,  longtemps personne n’a rien soupçonné. Mais le pouvoir de créer de l’argent est monté à la tête du banquier. Bientôt, l’importance des prêts et l’opulence du banquier ont déclenché de nouveaux soupçons : certains emprunteurs ont demandé de l’or véritable plutôt que des chèques et les rumeurs ont monté. Plusieurs déposants fortunés sont venus réclamer leur or. La fin du jeu était proche : une foule de gens brandissant des chèques se sont rassemblés devant les portes closes de la banque. Hélas, le banquier n’avait pas assez d’or pour couvrir tout l’argent papier qu’il avait émis. Pour la première fois, il y avait une ruée sur la banque et c’est un phénomène qui épouvante tous les banquiers. Ce phénomène de retrait massif, a ruiné des banques individuelles et a endommagé la confiance du public envers les banquiers. Il aurait été simple alors d’interdire cette pratique de créer de l’argent à partir de zéro.

Mais les immenses crédits, offerts par les banquiers, étaient devenus essentiels au développement du commerce européen. La pratique a donc été légalisée et règlementée. Les banquiers ont accepté de respecter des limites sur les montants d’argent fictif qu’ils pouvaient prêter. Mais ces montants fictifs restaient bien supérieurs à la valeur réelle de l’or déposé dans la chambre forte. Bien souvent le taux était de 9 dollars fictifs pour 1 dollars en or. Des inspections surprises permettaient de faire respecter cette règlementation. Un arrangement a aussi été conclu : en cas de ruée sur une banque, les banques centrales soutiendraient les banques locales, en leur prêtant de l’or. La bulle du crédit créée par les banquiers ne pourrait pas crever, et le système ne pourrait pas s’effondrer. Sauf s’il y avait beaucoup de ruées sur les banques en même temps.

 

(source: L'argent dette)

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Date de dernière mise à jour : 14/05/2015