Fin de la guerre en Irak

Irak 2Source: Lefigaro.fr - Article original paru le 16 decembre 2011

L'Amérique met fin à sa longue guerre en Irak

Washington redoute la mainmise de l'Iran sur un pays encore fragile.

L’Amérique referme en Irak un long et douloureux chapitre de son histoire militaire. Après presque neuf ans d'une guerre qui aura coûté plus de mille milliards de dollars et fait quelque 4500 morts et 30.000 blessés chez les boys (auxquels s'ajoutent des dizaines de milliers de morts irakiens, à la fois civils et militaires), l'heure est venue de rentrer pour les quelque 5500 hommes toujours sur place.

Ils auront tous quitté le territoire dans les prochains jours, sans attendre la date officielle du 31 décembre prévue par l'accord sur le statut des forces déployées, qui avait été signé avec Bagdad sous l'Administration Bush. Il ne restera guère plus que 150 soldats rattachés à l'ambassade des États-Unis au 1er janvier 2012. Rien à côté du corps expéditionnaire américain, qui avait atteint 170.000 soldats à l'apogée du conflit.

Jeudi, en présence du chef du Pentagone, Leon Panetta, l'armée américaine a officiellement célébré la fin de sa présence en Irak, repliant symboliquement son drapeau lors d'une cérémonie à Bagdad. «Après le sang versé par les Irakiens et les Américains, la mission visant à faire de l'Irak un pays capable de se gouverner et d'assurer seul sa sécurité est devenue réalité», a lancé Panetta.

Depuis le début de la semaine, marquée par la venue du premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, à Washington, le président Obama s'est, lui aussi, voulu optimiste, insistant sur les capacités d'une armée irakienne de 600.000 hommes, formée et entraînée par les Américains, qui assure déjà depuis des mois l'essentiel de la sécurité en Irak. Lors d'un hommage aux troupes américaines mercredi, sur la base de la 82e division aéroportée à Fort Bragg (Caroline du Nord), il a estimé que les GI rentraient «la tête haute». «Il est plus difficile de terminer une guerre que de la commencer», a dit le président, en référence à la controverse qui avait entouré la décision de Bush de renverser le régime de Saddam Hussein sous prétexte de la présence d'armes de destruction massive restées introuvables. «Nous laissons derrière nous un Irak souverain, stable et autosuffisant, avec un gouvernement représentatif qui a été élu par son propre peuple», a souligné Obama, qui avait dénoncé en 2003 une «guerre stupide».

Peur du vide

Mais l'optimisme officiel cache mal l'immense inquiétude qui domine aussi bien les états-majors militaires que la communauté des experts. Le départ des forces américaines laisse un vide qui donne le vertige à Washington, vu la fragilité des institutions irakiennes, l'ampleur des défis économiques, les risques de résurgence des violences sectaires, la persistance du terrorisme islamiste et l'ombre menaçante de l'Iran. L'échec de l'Administration Obama à négocier le maintien d'un corps de conseillers militaires substantiel et d'une force antiterroriste au-delà du 31 décembre 2011 a fait l'objet de vives critiques chez certains républicains, dont le sénateur John McCain. «Cela a été le triste exemple du triomphe des calculs politiques sur les nécessités militaires, tant à Bagdad qu'à Washington», a dénoncé ce dernier.

L'Administration Obama dit qu'elle n'a pas eu d'autre choix, les Irakiens se refusant à préserver, pour les troupes qui seraient restées, un statut d'immunité juridique qui les aurait protégées. Les généraux, irakiens et américains, rêvaient pourtant d'une tout autre transition pour ne pas risquer de mettre en péril la stabilité si chèrement acquise.

L'Irak ne dispose d'aucune force aérienne susceptible de défendre ses frontières et a désespérément besoin des F-16 américains. Il est aussi peu armé sur mer. La grande peur à Washington est que l'Iran ne profite de ce vide patent pour faire de l'Irak, majoritairement chiite, un protectorat à sa main. «C'est le risque le plus grand», affirme l'expert Richard Pipes, un conservateur, qui était en faveur de l'intervention en Irak mais qui juge, avec le recul, «très sévèrement» les projets grandioses de George W. Bush. «J'ai très peur que nous ayons fait ce gigantesque effort pour rien du tout. Je redoute que, dans cinq ans, il ne reste aucune trace de ce que nous avons tenté de faire en Irak», confiait-il jeudi. «Il est évident que les Iraniens ont déjà une infrastructure sur place. S'ils veulent nuire à Obama, ils peuvent décider de déstabiliser la situation.» Un cas de figure qui pourrait changer «l'équation de la présidentielle»: «Si les choses tournent mal, les républicains s'engouffreront dans la brèche», prédit Pipes. L'Amérique quitte l'Irak, mais l'Irak n'est pas près de quitter l'Amérique…

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