Crise financière mondiale

01banque 1223884337Source: Lepoint.fr - Article original paru le 15 septembre 2008

La crise financière qui affecte les banques américaines a pris une nouvelle ampleur. La cour des faillites de New York a confirmé que Lehman Brothers, la plus petite banque d'affaires américaine, s'était placée sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. La banque d'affaires Lehman Brothers avait annoncé un peu plus tôt qu'elle recourait à cette procédure "afin de protéger ses actifs et de maximiser sa valeur".

C'est un nouveau coup dur pour l'économie américaine qui n'en finit pas de payer les conséquences de la crise des subprimes, ces crédits immobiliers "pourris" transformés en produits financiers. La banque d'affaires a perdu quelque 3,9 milliards de dollars au troisième trimestre de l'exercice en cours, après avoir été contrainte à d'importantes dépréciations d'actifs au niveau de son portefeuille de crédits immobiliers. Cette déclaration de mise en faillite est la conséquence de l'impossibilité pour Lehman Brothers de trouver un repreneur, avec le retrait dimanche de la dernière banque intéressée, la britannique Barclays. Cette dernière a estimé qu'une telle reprise était impossible sans une aide de l'État fédéral américain comparable à celle accordée en mars à JPMorgan Chase lors de son rachat d'une autre banque d'affaires en difficulté, Bear Stearns. Dans la foulée, le cabinet d'audit PriceWaterhouseCoopers a expliqué que la filiale britannique de Lehman Brothers avait été placée en redressement judiciaire. Le gendarme boursier allemand BaFin a ordonné de son côté un moratoire sur la filiale allemande Lehman Brothers Bankhaus AG, gelant ainsi les actifs en sa possession.

Au même moment, la Bank of America (Bofa) a indiqué le rachat de Merrill Lynch, pour un montant de 50 milliards de dollars. Cette transaction va donner naissance à la première institution financière mondiale. Elle a été validée par les conseils d'administration des deux entreprises et doit encore être entérinée par les actionnaires, puis recevoir le feu vert des autorités de contrôle des marchés financiers. Elle devrait être finalisée au premier trimestre 2009. Cette acquisition fera de Bank of America la première institution financière mondiale avec plus de 20.000 gestionnaires de comptes et 2.500 milliards de dollars d'actifs à gérer pour ses clients.

Cet accord va également faire de Bofa la propriétaire de près de 50 % du fonds d'investissement BlackRock, qui dispose d'un portefeuille sous gestion estimé à quelque 1.400 milliards de dollars. Merrill Lynch (troisième banque d'affaires de Wall Street, derrière Goldman Sachs et Morgan Stanley, mais devant Lehman Brothers), présente dans 150 pays et travaillant aux côtés de 99 % des 500 plus riches entreprises américaines et de 83 % des 500 plus riches entreprises du monde, selon les classements établis par le magazine Fortune , a perdu 52 milliards de dollars depuis le début de la crise des "subprimes". Elle a vu son cours dévisser de 12 % sur la seule journée de vendredi pour un recul de l'action de 68 % en un an.

La Réserve fédérale ouvre les vannes

Dimanche, la toute-puissante Réserve fédérale, la Fed, a accepté de recevoir des banques des titres risqués et difficilement vendables en échange de liquidités, afin d'atténuer le choc de la disparition de Lehman Brothers. Ces mesures consistent essentiellement en une amplification et une plus grande fréquence des opérations déjà en place de refinancement des banques commerciales et des banques d'affaires. Après la quasi-faillite de Bear Stearns, la Fed a autorisé en mars les banques d'affaires, qui ne font pas appel à l'épargne publique, à se refinancer auprès d'elle, comme pouvaient le faire depuis longtemps les banques de détail. L'utilisation de cette facilité est assouplie et elles pourront désormais apporter en garantie des titres à la solidité incertaine, alors qu'il leur fallait jusqu'ici faire valoir des titres de grande qualité. Cette mesure réduit le risque d'être à court de liquidités, mais va dégrader la qualité du bilan de la Banque centrale, qui pourrait se retrouver avec des titres invendables sur les bras.

Après avoir déboursé 29 milliards de dollars pour assurer le rachat en urgence de Bear Stearns et s'être engagés jusqu'à 200 milliards pour les organismes de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, le secrétaire au Trésor Henry Paulson et le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke sont déterminés à ne pas investir un centime pour sauver Lehman Brothers, estimant qu'il revient aux grandes banques de la place de le faire. La liquidation judiciaire de Lehman, qui détenait encore 639 milliards de dollars d'actifs à la fin mai, va représenter l'une des plus grosses faillites de l'histoire des États-Unis. Or, la plus grosse faillite d'une banque américaine à ce jour, celle de Continental Illinois en 1984, mettait en jeu une somme seize fois plus modeste (40 milliards de dollars).

Une liquidation brutale des actifs de Lehman Brothers aurait des conséquences incalculables sur le reste de la finance mondiale, où les activités des banques sont étroitement imbriquées. Un groupe de dix grandes banques internationales (Bank of America, Citibank, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Merrill Lynch, Morgan Stanley, la britannique Barclays, l'allemande Deutsche Bank et les suisses Crédit Suisse et UBS) - les mêmes qui ont constitué lundi un fonds "antifaillite" de 70 milliards de dollars - s'est en conséquence engagé à faciliter un dénouement des positions de la banque d'affaires dans le maquis des marchés non régulés des dérivés de crédit.

http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2008-09-15/crise-financiere-lehman-brothers-en-faillite-merrill-lynch/916/0/274026

http://www.democratie-socialisme.org/spip.php?article1643

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